Journal

Passages

[Centralbahnplatz, Basel]

Sous la place de la gare CFF de Bâle, depuis le parc Élisabeth, sous les voies urbaines, un garage à vélos.

Un passage. En surface, pas ou peu de cyclistes. Où sont-ils passés ? Bus, tramways, piétons se croisent, s’entrecroisent. Voitures et vélos glissent dans des souterrains. Puits de lumière, sols luisants, jaunes et ronds blancs, musique… Affichage publicitaire aux murs

Sortir de l’autre côté

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22 septembre 2018

 

Fin d‘été

[Ce soir en passant devant la gare de Bâle]

je savoure la liberté que me procure cette ville

Ses p0nts au-dessus du Rhin

Dessinant un horizon entre le lever et le coucher du soleil

Ce soir, la pluie a enveloppé la ville d‘un parfum humide et frais

Des odeurs de terre sont réapparues

Je m‘imagine sous de grands arbres au large feuillage

Duquel glisse des gouttes d‘eau

claire

Peu de villes m‘inspirent autant que celle-ci

Ses espaces publics ouverts, partagés

Ces croisements sans feu, marquages au sol

formant d‘impeccables dessins

Dont chacun peut interpréter dans une entente mutuelle

la signification

Il y a la lenteur aussi

qui fait que nous flottons légèrement

intemporels

Fenêtres, façades châtoyantes

et puis,

l‘air

celui transporté par le fleuve

magique étendue d‘eau calme

mouvante tranquille et majestueuse.

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13 septembre 2018

 

Paysages nocturnes

[Les paysages nocturnes font partie du patrimoine commun de la nation]

(L.110-1 du code de l’environnement). Or ces paysages sont de plus en plus rares.

Nous sommes plus de la moitié d’êtres humains à vivre dans des régions urbaines. Un phénomène observable dans le monde entier : la généralisation de l’éclairage artificiel pour éclairer les zones urbaines croissantes et, par la même occasion, une diminution des régions rurales « sombres », non éclairées. Ces émissions lumineuses vers le ciel, éclairé artificiellement, ont des répercussions sur les êtres humains et leur environnement.

Selon une étude récente publiée dans Science Advances, l’augmentation de l’éclairage artificiel sur la planète entre 2012 et 2016 a augmenté de 2%. Peu à peu la nuit disparait dans certaines zones du monde, avec de nombreuses conséquences sur l’environnement. « En effet, les conséquences de la pollution lumineuse ne se limitent pas à des difficultés pour observer les étoiles. Des scientifiques s’inquiètent des effets délétères de la lumière artificielle pour la santé et pour la biodiversité.

Certaines espèces animales sont clairement impactées par cet excès de luminosité, comme les insectes ou les oiseaux par exemple, menaçant l’équilibre de l’écosystème complet. Chez les êtres humains, la pollution lumineuse perturbe notre cycle circadien et notre horloge biologique. »

(Source : La tête au carré, Mathieu Vidard, La pollution lumineuse, mardi 5 décembre 2017) //www.franceinter.fr/emissions/la-tete-au-carre/la-tete-au-carre-05-decembre-2017

Côté production / consommation : en France, selon l’Ademe, les 11 millions de points lumineux qui constituent le parc d’éclairage public appellent une puissance d’environ 1300 MW, soit la puissance délivrée par une tranche nucléaire récente à pleine charge. L’éclairage public correspond à 41 % de la consommation d’électricité des communes et émet annuellement 670 000 tonnes de CO2. Un article paru dans la revue Neue Landschaft en mars 2018 met en évidence les enjeux de la pollution lumineuse et sa prise en compte dans la conception des espaces publics, des infrastructures et du bâti :

« Die Sensibilität zum Umgang mit künstlichem Licht schärfen

Bisher ist der Einsatz von künstlichem Licht mit positiven Werten wie Sicherheit, Wohlstand und Fortschritt besetzt. Der steigende und oft gedankenlose Einsatz künstlicher Illuminationen mit teilweise enormen Auswirkungen auf Flora, Fauna sowie auf die Menschen verändert aber zunehmend auch in Form von Lichtverschmutzung und der Veränderung von Biorythmen den Wertekanon von Lichteinsatz. »

(Marijana Gute und Hendrik Laue)

Depuis les années 2000, des campagnes de sensiblisation et d’information voient le jour comme « Le jour de la nuit : éteignons les lumières, rallumons les étoiles », initiée par Agir pour l’environnement, une association de mobilisation citoyenne nationale en faveur de l’environnement :

https://www.agirpourlenvironnement.org

https://www.jourdelanuit.fr

Des outils de planification tels que le Plan lumière ou Lichtsmasterplan peut s’avérer indispensable pour répondre aux besoins et aux enjeux de l’éclairage urbain à l’échelle d’une métropole, comme par exemple à Zürich :

Plan lumière de la ville de Zürich

https://www.stadt-zuerich.ch/ted/de/index/taz/erhalten/plan-lumiere.html

Ökologische Lichtplanung ? Planification de l’éclairage « écologique » ? Chacun a déjà pu observer l’attraction des insectes volants vers une source chaude de lumière provenant d’un éclairage artificiel. Ce qui échappe souvent à notre perception, explique Hendrik Laue (Neue Landschaft, Mars 2018), c’est le nombre important de ces mêmes insectes retrouvés morts à proximité de ces éclairages. Désorientés, ces insectes qui normalement se seraient envolés vers la lune et les étoiles, voient la trajectoire de leur vol détournée vers des sources lumineuses artificielles bien plus puissantes.

Face à la généralisation de l’éclairage artificiel dans les zones urbaines, l’étude de l’impact de nos productions lumineuses sur notre santé, notre équilibre biologique semble incontournable. L’observation du monde vivant en redevenant un outil riche d’enseignements peut nous aider à mieux connaître notre propre capacité humaine d’adaptation, ses limites et ainsi, à mieux appréhender nos besoins vitaux.

De plus en plus, l’environnement, pris au sens large des êtres vivants et des éléments qui fabriquent nos écosystèmes, apparaît comme une source inépuisable d’inspirations pour dessiner des espaces de vies urbaines.

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15 avril 2018

 

Public

Il nous manque la distance en France.
Prendre du recul
Apprendre à être différent
À le vivre bien

Sortir de l’Histoire
Pour dire les histoires
Toutes humaines
Personnelles
Et universelles

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31 mars 2018

 

 

Couleurs

[Gare de Strasbourg]

Sortir du quotidien, prendre le train, se transporter ailleurs

Voyages intérieurs, mélanges d’impressions familières et d’intuitions légères

La lumière du printemps fait rejaillir en même temps passé, présent 

Dans un mouvement continu qui s’écoule

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25 mars 2018

 

Toponymie

Ce nom que je porte c’est toi

qui me l’a donné

un jour, au détour

d’un sentier, à l’ombre

d’un arbre

ce regard tourné vers soi

tu as fait un voeu

peut-être l’as-tu oublié

tant pis

qui se souvient ?

(les lieux portent les noms de ceux que nous avons rencontrés et qui, à leur tour, ont emprunté ces mêmes noms provenant de ces mêmes lieux qui, entre-temps, n’étaient plus ceux d’avant, part invisible et vivante de nos vies)

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24 mars 2018

 

Paysages urbains

Si les paysages m’intéressent tant c’est parce qu’ils sont un moyen d’appréhender avec les sens, dans un vécu corporel, la relation avec un extérieur, autre que soi. Le paysagiste, en s’intéressant autant au « naturel » qu’au « social » dans sa dimension humaine et historique, interroge, dans son ensemble, notre capacité à habiter notre planète et à en exploiter les ressources. En considérant les limites entre espaces ouverts et espaces construits, tout d’abord, nous définissons des lieux qui, par leurs fonctions multiples, s’articulent les uns avec les autres.

La particularité de l’ingéniérie du paysage réside peut-être dans le fait qu’elle ne regarde plus le paysage comme un tableau mais comme un ensemble de fonctions utiles à l’équilibre entre des milieux de natures différentes : l’asphalte et l’arbre, le bâti et le parc, l’eau de pluie et le fossé au bord d’une route. Ce qui fait paysage est alors un ensemble d’éléments qui forme une composition dans laquelle s’articulent les unes avec les autres des fonctions diverses, parfois antinomiques, comme par exemple, une autoroute et le passage d’un corridor pour la faune.

Tout comme la ligne grandiose d’une chaîne de montagnes, un horizon ponctué d’éoliennes, une ligne haute tension, un barrage hydraulique sont des paysages.

Paysages urbains et industriels sont nos paysages. Regardons-les. Écoutons-les.

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23 mars 2018

 

Frontalière-Grenzgängerin

De retour en France depuis un an maintenant, après six années passées de l‘autre côté du Rhin, en Allemagne, je continue chaque jour de traverser la frontière. Une frontière sans poste de frontière, avec des des barricades et une seule voie pour passer entre le département du Haut-Rhin en France et le sud du Baden-Württemberg en Allemagne. À l‘endroit des ponts au-dessus du Grand Canal d’Alsace et du Rhin qui relient les deux pays.

Cela fait environ trois ans que les frontières sont redevenues perceptibles à l‘endroit des passages, qu‘elles se sont resserrées de façon à maîtriser le flux des voitures et des camions. Cela fait drôle au début et puis, petit à petit, cela passe au second plan et entre dans un quotidien, une habitude comme si cela avait toujours été ainsi.

Pourtant je ne peux pas m‘empêcher chaque jour de penser, à l‘endroit où la chaussée se rétrécit et où les panneaux indiquent de réduire la vitesse : combien de temps encore ?

Grenzgängerin, bin ich – Je suis une frontalière.

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21 mars 2018